La Saint-Valentin

Lien audio : Billet du 3 février 2009

Sans doute parce que février est unique en son genre et possède la vertu de nous offrir tous les quatre ans un jour de vie supplémentaire…c’est un mois que je trouve plutôt plaisant! Si ce n’était une ombre rose bonbon au tableau de son calendrier… Une ombre en forme de cœur de tous poils, de cupidons plus ou moins grassouillets, de cygnes blancs aux longs cous enlacés s’affichant sur des cartes d’un goût souvent douteux, sans oublier l’ineffable rose rouge amputée de ses épines par certains fleuristes pour l’occasion… Vous aurez deviné que je ne parle ni de l’Épiphanie, ni de la Saint Jean-Baptiste! Et à moins d’hiberner 6 pieds sous terre au-delà du 60ème parallèle… impossible d’échapper aux sirupeuses publicités vantant les délices de chocolats plus ou moins comestibles ou bien de l’entrecôte pour deux arrosée d’un Saint Amour au prestigieux millésime payable en 3 mensualités sans frais proposés dans votre restaurant préféré… Si l’amour n’a pas de prix… La Saint Valentin… oui! Quel doux paradoxe… et surtout quel piège! Car de toute façon, qu’on la fête ou non, qu’on l’aime ou pas…qu’elle s’apparente à un cessez-le-feu dans votre vie de couple, au plaisir de faire rougir sa carte de crédit pour gâter sa moitié ou qu’elle provoque une poussée d’urticaire chez bon nombre de célibataires… La Saint Valentin ressurgit année après année, froufroutante et envahissante, exhibant sans pudeur des Je t’aime à tous les prix! Jetant ainsi dans un cul de basse fosse commercial le plus noble des sentiments et le reléguant à une sorte d’obligation sociale… Amour et obligation… Quel couple fort mal assorti… Et pourtant, bien que tout un chacun soit prêt à dénoncer son aspect mercantile… La Saint Valentin tient bon! Mais si Les marchands du temple de tout acabit savent oh combien comment récupérer la moindre occasion pour faire du profit… sommes-nous pour autant obligés de jouer les moutons de Panurge sauce Cupidon? Je sais que l’amour rend aveugle… mais si c’est au point de croire que la Saint Valentin qu’on nous vend, a une once de rapport avec l’amour… J’assume de clamer haut et fort…Cachez ce Saint que je ne saurais voir!!!!
Franchement… l’amour a-t-il à ce point besoin d’un jour en particulier pour être fêté, honoré, donné ou reçu? D’ailleurs, je me demande ce qu’en penserait le principal intéressé… Ce fameux Valentin, devenu Saint patron des amoureux pour une obscure raison, qu’on a juché sur un nuage en forme de cœur et qui s’offre une méga crise de foie tous les 14 février! Je gage qu’il n’avait rien demandé! D’ailleurs personne ne sait vraiment qui il était…mais si d’aucuns se plaisent à dire qu’il était prêtre… il ne doit pas trouver tout ce charivari très catholique!!! Quant à l’origine de cette fête, si elle se perd dans les méandres d’un mélange de rites païens ou autres légendes plus ou moins parfumées à l’eau de rose… il est définitivement claire qu’elle n’est pas perdue pour tout le monde!
Mais bien au-delà du fait que ce tralala romantico-chocolaté attise les hormones de mon irritabilité… Je trouve surtout que ce rituel Saint-valentinesque, agrémenté de son flot de guirlandes dégoulinantes de cœur affichées une fois l’an, reflète ni plus ni moins une société en crise… de manque d’amour …

© Tous droits réservés Sophie Hartung – Février 2009-

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