En mai fais ce qu’il te plaît…
Mercredi 29 avril 2009Lien audio : Billet du 28 avril 2009
Ça y est! Le printemps est arrivé… traînant avec lui une flopée de dictons, parmi lesquels, le prometteur : En mai fais ce qu’il te plaît! Tout un menu à savourer, rempli d’effluves et de renouveau coloré emprunt de liberté… Mais alors que j’attendais mon bus en imaginant tout ce que j’allais m’autoriser de bon et de léger, ma rêverie printanière fut interrompue par une conversation animée entre deux beaux brins de filles… L’une brune et l’autre blonde… La brune malgré un ravissant teint de pêche exprimait son angoisse d’avoir découvert deux épouvantables petites ridules au coin de ses yeux… La blonde, de lui rétorquer que pour éviter une décrépitude annoncée, elle devait absolument investir dans un anneau élastique révolutionnaire qui, porté quotidiennement autour du visage lui offrirait un raffermissement de ses muscles faciaux à chaque fois qu’elle ouvrirait et fermerait la bouche. Pour la modique somme de 130 dollars et en faisant le mérou 15 minutes par jour, elle allait prévenir et atténuer cet outrage du temps appelé rides d’expression… Sans oublier, bien entendu, de s’appliquer chaque soir une crème anti-âge… La donzelle ne devait pas avoir 30 ans!… Si je n’avais déjà été assise, j’en serais tombé de dépit sur mon charnu fessier…! Et la brune longiligne de poursuivre, en s’épanchant sur sa traque journalière du moindre cheveu blanc et avec un quasi sanglot dans la voix évoqua cet odieux petit bourrelet qui s’accrochait désespérément à sa taille et lui donnait des airs de vieille mémère porcine… Mais à renfort de séances de gym, d’onguents magiques voire de liposuccion, elle vaincrait cette excroissance graisseuse afin d’arborer bikini avec un ventre plus plat que plat! Je devais sans doute avoir besoin de nouvelles lunettes, ne distinguant nullement autour de sa taille de guêpe, la proéminence dont elle parlait! Bref, le bus arriva, elles sautèrent dedans telles deux gazelles et mes 42 printemps restèrent cloués de stupéfaction sur le banc de ma jeunesse crucifiée mais de mes rides assumées… En mais fais ce qu’il te plaît… Pour ces deux jeunes pousses prisonnières de leur apparence… Pas si sûr! J’avais oublié que si c’est la période de l’année où les arbres bourgeonnent et les oiseaux cuicuitent, c’est aussi la saison où fleurissent conseils et bouquets de crèmes en tout genre pour avoir l’air belle, jeune, mince et fraîche ou frais, mince, jeune et beau… Eh oui la gent masculine n’étant pas épargnée! Messieurs, à vos masques, prêt partez! Sortez vos gommages et autre émulsion biphasée double action à base d’enzyme exfoliant… Saison des amours… et de la niaiserie oblige…
Assise sur mon banc, je m’interrogeais… Qu’était donc mon printemps devenu? Une triviale chasse aux rides, aux poils, aux capitons, aux cernes et autres cheveux blancs? Une guerre débilitante et nombriliste qui consiste à coup d’antirides et d’anticellulite à lutter contre la nature des choses plutôt que d’en profiter?… Tout ça transpire le mensonge et l’anti-vie à plein nez… Non décidemment, jusqu’à mon dernier souffle, je cueillerais les roses de la vie en tige et non en tube… Et en ce mois de fête des mères, ma chère maman, je te dédie ce billet, à toi qui n’a jamais utilisé de crème que dans ta cuisine et dont les rides d’expression participent à ta franche beauté…
© Tous droits réservés Sophie Hartung – Avril 2009-
